Rollo Greb Editions

The Unified Field

/!\ À écouter en même temps : https://www.youtube.com/watch?v=aepBpZ3kXek&index=5&list=LLZfP9yyzXc3NFp1sQVWGIeA&t=0s

(Où?)

En orbite
Sous mon lit
Par terre en croix les bras étendus
Mystique sans cockpit
Par-dessus la pluie
Volant de clou en clou sur la nue

« Ouvrir les yeux et être le monde »
Le sol devient matière, et il fait froid. Et c’est tout mon corps qui a froid.
Je deviens le monde.
Le bleu du lit, l’étoile du plafond et l’espace qu’il y a entre mes rêves et moi. Je deviens tout ça.

.
..

Je me confonds goutte par goutte
avec ce reflet de ciel dont j’emprunte la substance
je tombe
avec
la
nuit
flaque et noire dont j’entends
encore cette voix, cette voix morte, d’homme-étoile, qui attend dans le ciel (il aimerait venir nous rencontrer mais il pense qu’il va nous couper le souffle)
Je fonds avec elle, disparais dépossédée de mon unité

Je T
OM
B
E

Dans un taxi avec une Slovaque
Ou une flaque à l’aube

Sur une aire d’autoroute

Où personne ne reste. On s’invente une vie qui n’existe pas vraiment, parce qu’on sait qu’on va la quitter (comme tout le reste), que c’est un mensonge (comme tout le reste); on pense qu’on y arrive (comme tout le reste) or rien ne reste, tout s’enfuit à 80 km/h sur des routes sans séparateur avec une face souriante et des lunettes de soleil aveuglantes; elles sentent le sable la mer les dîners d’été orchestrés par mère Louve dans un petit resto sympa la crème solaire pour le camping et le soleil des panneaux de pub.

Vacance

: tout ce qui est aspiré avec la vitesse des herbes qui défilent par le hublot. La chaire avec l’esprit et toute la trinité dans un engouffrement d’air en spirale. Ils flottent, à côté de moi : je regarde les passagers en carton. Comme un chien cynique.

L’horizon s’évanouit sur le côté en faisant la roue; le clignotant sonne cette entrée dans un nouveau monde.
Puis s’éteint avec l’ampoule rouge.
Béance organisée. Tout est circulaire comme des ruines, l’horizon étant aspiré de même, il ne reste plus que le cyclique pour former l’espace. Sur la route, une ère parallèle a émergé qui avale les tirets de l’asphalte, oublieuse de la vitesse (qui elle-même fauchait, inlassablement, le passé et le paysage indifféremment). Tout est maintenant figé, et de la route ivre on se repose : on veut être éternel.
Mais on ne sort jamais de la route. C’est un mirage. Dans un songe de bourré.
Et pourtant, on se perd. L’aire nous engloutit. On n’en revient ainsi jamais vraiment. On veut reprendre la route, ennivré; mais on se laisse un peu fâner sur le troittoir, infuser sur le trottoir; des morceaux de nous collent au goudron avec la chaleur.
Terribles et lâches, voilà qu’on manque à l’espace. On se replace sur notre siège; mais non, nous ne sommes pas là non plus. Nous sommes perdus. Dérangés. Déclassés de l’ordre spatial comme des satellites désorbités.

Le voyage zèbre
Galope devant en transe
Inatteignable

-Dans la fôret
C’est là qu’on rencontre tous ces yeux de fougères
Des paires d’yeux seuls
Toute une autoroute toute une vie
Qui convergent vers la lune
Et s’enfuient vers l’horizon…
Seuls
Vers l’infini
Seuls
Mais sans au-delà : juste à cette rive,
baignés dans ces étoiles roses
c’est là que nous nous retrouverons
Tous
entre les joncs, cachés par des fougères
Toutes ces paires d’yeux nageant et moi
Seule
les bras étendus explosés
Sous mon lit
Dans ce lac
Qui fuit
.
.
.
…………………….
Les secrets voyagent seuls
(For secrets travel alone)
Sur une autoroute perdue
(On a lost highway)
Sans visage
(Faceless)
For the deads dance upon
In the reverse midday
Nameless

À cette vie sans nom dont la course est toujours effrénée : les secrets voyagent seuls. Le vrai lieu est ailleurs. Ton heure ne passe pas, ton lieu n’est nulle part.

Orbital et creux comme un cercle toujours autour, jamais plein, éternel, muré, scellé, fini.

(Impossible, par définition.)

Le tour du monde, il faut faire le tour, il faut être le monde, ouvrir les yeux : tu vois, réellement, comme si tu avais toi-même les yeux de Najda, avant de tomber à l’envers sur ton lit par terre : tu vois que tu ne peux pas faire le tour, tes yeux ne peuvent faire le tour de ton coeur, Aragon est mort, David Bowie est mort, et tu restes par terre.

Le sol ne peut être plus bas que la terre elle-même; et pourtant tu continues de tomber. Tout est redéfini, car tout perd son sens.

L’odeur et la couleur n’ont plus leur contour/ dans ta tête.

Le champs est unifié. Tu médites… tu pl
                                                                     O
                                                                         n g
                                                                           es
Réconciliée

Tu sens tes orbites, parce que tu y crois fort et que ça te fait mal. Tu crois à la chambre rouge à la boîte bleue, tu sais, par réminiscence, que l’enfer y joue entre ses doigts de terre derrière le mur blanc sur un feu rouillé, tu sais l’odeur de ses cheveux le rythme de son nez et l’envers de ses yeux (tu mourras du vide que tu y perceras) : tu as le goût de cet autre pan de mur, cet au-delà de la façade . . . C’est la mort. Là. Là.
où les secrets naissent

 

 

Lyn

Photo : David Bowie – I’m deranged JCRZ Weird Trance Remix

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *