Rollo Greb Editions

ROLLO GREB

« Il possédait plus de livres que je n’en ai jamais vu de toute ma vie, deux bibliothèques, deux pièces garnies du plancher au plafond et sur les quatre murs, et des livres tel que le Machinum Apocryphum en dix volumes. Il jouait des opéras de Verdi et les mimait drapé dans son pyjama, avec une grande déchirure qui lui descendait dans le dos. Il se foutait royalement de tout.

C’est un homme de grande érudition qui déambule en titubant le long des quais de New York avec des manuscrits originaux de musiciens du XVIIe siècle sous le bras, tout en gueulant. Il se traîne dans les rues comme une grosse araignée. Son excitation jaillissait de ses yeux par éclairs démoniaques. Il ployait sa nuque dans un extase spasmodique. Il zézayait, se tordait en convulsions, s’affalait, gémissait, hurlait, tombait à la renverse de désespoir. Il pouvait à peine placer un mot tellement ça l’excitait de vivre.

Dean restait planté devant lui, opinant du chef et répétant sans arrêt : « Oui…Oui…Oui… ». Il me prit dans un coin. « Ce Rollo Greb est grand, admirable entre tous. Voilà ce que j’ai essayé de t’expliquer, voilà ce que je veux être. Je veux être comme lui. Rien ne le freine. Il va dans toutes les directions, à toute vitesse, il a l’intuition du temps, il n’a rien d’autre à faire qu’à se laisser balloter d’avant en arrière. »

Ce Rollo Greb est grand, nous dit Jack Kerouac. Comment lire Sur la route sans tomber de grandeur, d’ailleurs, d’une chaise trop grande pour nous, s’effondrer sur le sol dans un long rire dément ? Rollo Greb a un nom bien trop marquant pour être oublié, une silhouette trop familière. On a tous joué des opéras sous le soleil sur un parquet en bois (sur la poussière) confondus dans des draps blancs. Perdus sous la toile (la nuit, et alors c’était la lune qui éclairait la scène). Excités comme une araignée filandreuse. C’est exactement, exactement la même toile. Et note cœur bat alors aussi vite que celui des phrases – bientôt nous marcherons comme des fantômes avec des livres sous les bras dans une rue pluvieuse.

La voix de Dean ne résonne pas dans notre tête, elle renaît. Kerouac souffla et tout fût à nouveau (lire comme assister à sa propre naissance) ; et cela suffit presque pour justifier le nom de ce site. Rollo Greb éditerait dans sa cave jonchée de livres qui sentent autant que des cadavres l’encre et le sang sous une lumière d’ambre intemporelle, trépidant exultant comme une imprimante. Glissant courbé comme une feuille de papier. Il serait soufflé de toutes ces voix à la fois, constamment ébouriffé et toujours fébrile, traversé par tout ça, vibrant à n’en savoir que faire, extatique jusqu’à la mort. Ce serait comme un prisme qui diffracterait tout l’art qu’il subit et qui le maltraite. Le passeur douteux de toutes les œuvres qu’on lui offre et qu’il se trimballe sous son pyjama, griffonnées sur un bout de papier ou peintes avec les lèvres sur une toile quadrillée.

Voilà le projet, et sa seule prétention. Il court déjà sous vos yeux comme une ligne immatérielle et verte comme peuvent l’être les meilleures représentations d’un site « informatique », affublé d’un drap blanc, déchiré de l’omoplate au genou, agile sur ses pattes d’insecte pour passer entre tout le monde sans la moindre notion du temps. Parce que l’art n’attend pas. Notre vie s’arrête une minute à la fois, (combien de ces fois la phrase de Tyler Durden aura-t-elle été juste?), et que vaut-elle un seul instant sans art ? Rollo Greb incarne cette urgence de faire de l’art notre vie.

… Nous sommes en prépa, 2018, hypokhâgne BL etc. Nous en avons surtout marre, à vrai dire. Désespérons tous d’écrire, de dire, de créer, mourrons à petit feu si feu et prépa sont encore compatibles. En parlant d’incendie, il faut avouer que tout n’a pas été bombardé de mousse blanche à l’extincteur : dans le bain horrible où tous suffoquions, on a tous levé les mains et chopé le porte-au-loin. Retour au territoire commun où on avait tous espoir d’arriver mais qu’on a fini par découvrir dans le dos des profs. Et donc, Rollo Greb débarque à moitié nu ; totalement déluré, il plante sa tente parmi les nôtres comme par ventouses : yo men, nous dit-il, enfin. Oui, enfin.

On a fumé l’anti-calumet, pour ne jamais s’endormir ; et le lendemain (parce que le soleil avait tourné, uniquement), nous voilà sur la route. Route bourrée de pèlerins, d’ailleurs, avec ou sans le badge prépa cousu à la veste. Tu vois à quoi ça peut ressembler ?

Bref, voici le site. Chaque thème débattu au cours d’une nuit sans sommeil sera l’occasion d’une nouvelle salve d’articles, de productions (pas seulement écrites bien sûr) dont l’édito qui annoncera le thème, une enquête qui verra collaborer plusieurs membres, et une œuvre picturale qui réunira des fragments de nous recousues comme le visage de Frankenstein. Le reste sera éjecté par Rollo et rejoindra le chaos de sa cave, mais tu peux les retrouver par rubrique (dans le menu) ou par auteur, dont chacun possède sa propre rubrique personnelle. Chacun de ces dits artistes en bon capitaliste (je ne dis pas ça impunément croyez-moi) est d’ailleurs favorable à la propriété privée et apprécierait fort (du fort d’un Staline en train de fomenter une purge, par exemple) que sa production reste chez Rollo.

Ce dernier a l’enthousiasme tellement débordant qu’il t’invite à t’emparer du porte-au-loin pour rejoindre la plaine de la vie si tu t’es reconnu tout à l’heure comme le mendiant pelerinant : déborde donc toi aussi par là : http://www.rollogreb.fr/formulaire-de-contact/

Merci d’être ici (au moins ici) et à bientôt dans la rue (ou dans la cave, d’ailleurs) !

Lyn

(Lyn souhaite remercier sa sœur Mathilde pour la création du site.)

INSTAGRAM : https://www.instagram.com/rollogrebe/