Rollo Greb Editions

« Nous sommes, c’est tout. » – Fight Club

« Nous sommes, c’est tout. Nous sommes, c’est tout, et ce qui arrive arrive, c’est tout. »

 
T’es Joe, tu te réveilles, t’es nulle part, et tout ce qui te scrute, c’est la copie du monde, qu’on a passé au scanner sous tes yeux. Et ce flash aveuglant qui t’empêche de dormir, cette litanie que tu supplie de cesser, cette agonie ne se tait pas.
Quand on ne dort plus, on hallucine. On hallucine et ça donne ça.

Vous vous êtes déjà dit que votre vie était trop complète, que tout nécessitait d’être démoli ?

Non, mais Palahniuk l’a fait pour nous. Et naquit le Fight Club. Plus rien n’a d’importance. Tout a le volume baissé. C’est extrême et violent, sans être extrêmement violent, c’est démesuré, déconstruit dérangeant et non fini, et laissez-moi vous dire que le soulagement qui vous prend à la gorge vous laisse dans l’état extatique de Joe-l’oeil-au-beurre-noir.

Joe, c’est tout mais surtout n’importe quoi, ça se fait passer pour un organe qui parle de lui à la troisième personne dans une pile de magazine de la maison de Paperstreet ; mais en réalité c’est une expression, un langage muet, une mue profonde. Je suis Joe, la revanche narquoise, Joe et sa complète absence de surprise, Joe disque-dur.

La vie est vaine, le mot-clé de l’existence est nihilisme. Le personnage n’a pas de nom. Il n’en aura jamais. Il ne parle pas: il n’y a aucun discours direct. Son identité réside dans les pages de cette pile de magazine, unique mobilier de la maison délabrée de Paperstreet. Joe est un insomniaque, parce que sa vie est tellement pleine de contingences futiles qu’il s’en tourne et s’en retourne dans son lit Ikea. Tyler est un battant, un poing jamais rassasié, un baiser à la soude caustique sur le dos de la main. La démolition. Parce que tout est rien, notre vie, aussi providentielle soit-elle, est une corne d’abondance destituée de son abondance, vie effrénée que seule la mort a le pouvoir d’arrêter, elle continue et tout a le volume a vous en déchirer les tympans, tout a trop d’importance, tout est contractuel, conventionnel, sous la divine coupe de l’organisation, rangé soigneusement par la fatigante bienséance.

Mais tout arrive, nous sommes tout. Et c’est tout. Des problèmes à vous en faire dissoudre le cerveau, des nœuds épineux dans des boîtes en fer crânien, c’est ça nos vies. Et elles s’arrêtent une minute à la fois. Chacun son tour. Ça se bouscule au portillon.

Et tout ce qu’on possède finira par nous posséder.

Nous sommes le monde, nous sommes nous-mêmes et nous sommes différents, nous ne sommes nulle part, nous sommes Joe, nous nous défonçons la mâchoire à chaque Fight Club, nous sommes vivants, et plus rien n’importe. Rien n’est résolu, mais essaie de m’achever : je survis.

Notre culture a fait de la mort quelque chose de mal, mais peut-être qu’il faut tout démolir pour faire de nous quelque chose de mieux.

Et le néant repose. Tuez-moi, je reviendrai vous loger une balle dans la boîte crânienne, vos problèmes disparaîtront. C’est un peu disproportionné et rebutant, mais c’est tout droit de Tyler Durden, et Tyler Durden est né d’un gars comme toi et moi, un mec incapable d’articuler les voyelles quand il a un flingue dans la bouche, qui assiste à la destruction du monde avec un calme monacal. Tout nous indiffère. Et c’est délirant.

La citation est de Chuck Palahniuk. La théorie est de Joe (Joe de Chuck Palahniuk). Le texte est de moi. Mais celui qui se tient dans la paume de la perfection est l’auteur du livre Fight Club (dont j’ai allègrement repris les références)… Ainsi que celui à qui l’humanité doit le film du même nom, j’ai nommé David Fincher.

Lyn

Commentaires

  1. Très bon article, le divertissement était à son comble. Le film choisit est un vrai chef d’oeuvre au passage, un incontournable.
    Bonne continuation.

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