Rollo Greb Editions

De l’intention

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Textes à caractère oral.

Il est vivement-chaudement-froidement conseillé de les écouter pour pouvoir comprendre un tant soit peu les intentions qu’ils contiennent,

Ici-même :

https://soundcloud.com/user-291127437/sets/de-lintention-textes-a-lire-lien-dans-description

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I / (De l’intention) du Possible

C’est pas possible.

Ça, ce n’est pas possible.

Ce n’est pas possible là.

Là, en tout cas ce n’est pas possible.

Ce n’est pas le possible.Ce n’est pas celui-là.

Ce n’est pas l’autre là non plus.

Ce n’est pas.

Ça n’a pas été possible, là, de dire que c’était possible.

Si c’était possible, on aurait pu se le dire, mais on ne se l’est pas dit, donc, ce n’est pas possible.

Il faut faire des choix.

Quand on dit que ce n’est pas possible et qu’on y croit, alors on se le dit une bonne fois pour toutes et on s’y tient; on sait et on saura pour les prochaines fois que ça ne l’est pas.

De toutes façons on l’aurait déjà vu, si c’était possible, on l’aurait entendu dire,

on l’aurait vu écrit quelque part, marqué en gros, ou en petit, « C’est possible ».

Du moins, on pense qu’on l’aurait vu, si c’était écrit on aurait dû le voir.

Si on ne l’a pas vu c’est que c’était certainement pas écrit, vu qu’on ne l’a pas vu.

Enfin rien n’est sûr,

et de toutes façons, même si quelqu’un venait nous dire que c’est écrit nulle part,

pourquoi on le croirait ? On pourrait le croire ?

C’est qu’il faudrait savoir en fait, une bonne fois pour toutes, si on a foi en ce que l’on nous dit,

ou pas.

Parce que si on ne l’a pas on ne peux pas continuer comme ça à se dire que c’est ou que ça n’est pas du domaine du possible.

On devrait se demander et définir en définitive, quel est ce domaine;

auquel on dit

que le possible appartient.

Et si ce sentiment d’appartenance n’est seulement possible que

parce qu’on dit qu’il appartient à un domaine, et qu’on le qualifie comme tel;

ou bien que c’est justement ce sentiment qui a quelque chose de possible, en lui-même.

Car c’est possible qu’on doute, oui, c’est possible qu’on doute sur la nature du possible;

car au fond tout est possible s’y l’on en croit ce qu’on nous dit.

Oui, mais encore faut-il que nous trouvions nos croyances, et que l’on y reste fidèle.

En se disant que c’est bien possible que nos croyances ne le soient pas.

Alors on ne peut que croire en un choix impossible,

et qui dit impossible, dit qu’on ne peut pas dire clairement ce qui est possible

ou ce qui ne l’est pas,

enfin, de ce qu’on croit possible en tout cas.

(des cas possibles)

II / (de l’intention) de la Rime

Bon, ça rime à rien alors, c’est ça ?

Ça rime à rien tout ça, non ?

On a pas besoin de l’écrire,

vu que ça rime pas.

On l’écrit pas et on le dit pas non plus.

Parce qu’on ne veut pas que ça rime,

on veut pas prendre le risque que ça rime donc on l’écrit pas et on le dit pas.

On le lit pas non plus du coup.

Pas besoin, parce qu’on l’écrit pas.

Si t’as besoin par contre je peux te l’écrire,

je peux te le dire, à toi.

Parce que je n’ai pas envie de le lire pour moi mais pour toi je peux le faire, oui.

Oui pour toi je peux, parce que pourquoi j’en aurais envie sinon ?

Pourquoi j’aurais envie d’écrire sinon, si c’est pas pour toi ?

Je ne peux pas le dire, ni l’écrire, alors pourquoi pour toi je ne le pourrais pas ?

Je pourrais faire le pari de dire que si je ne le dis pas maintenant, ce n’est pas toi qui le pourras;

enfin ce serait un peu prétentieux, mais ce serait possible, en tout cas on pourrait se le dire.

Ce serait notre aveu, à nous deux, qu’on pourrait que se dire, ou s’écrire, sans se le lire, car on se médirait si on le lisait sans l’avoir dit ou écrit avant.

On n’a pas besoin de ça pour se dire vraiment les choses, non ?

On n’a pas besoin de ça.

On a juste besoin de se le dire

mais on a pas besoin de ça.

On peut chercher partout, trouer les possibilités qui pourraient nous en donner d’autres,

mais de toutes façons ça ne donne rien de cette manière.

C’est pas en trouant les choses que l’on peut se le dire.

Si c’était si facile ça se saurait, non ?

On pourrait venir, facilement et naïvement, demander à le dire, et puis on nous dirait :

« Oui, allez-y, c’est à votre tour, on vous écoute, oui allez-y, on vous écoute, vous pouvez le dire. »

Mais ça n’existe pas ça, on ne viendra pas nous dire ça, en tout cas pas pour cette raison-là.

Qu’on se le dise bien, une bonne fois pour toutes, on ne viendra pas nous y reprendre,

à nous dire qu’on puisse ne pas le dire, ou bien le remettre en question.

Oui, d’ailleurs, c’était quoi la question déjà ?

III : (de l’intention) de la Compréhension*

*tirée de, en réaction à, et à l’intention de la langue paternelle.

Et là,

tu me comprends?

.

Là,

tu me comprends là?

.

Là, tu me comprends?

.

Tu me comprends là?

.

Là tu me prends pour un con?

.

Tu m’as pas compris?

.

Là, tu me comprends pas là?

Tu me comprends pas là quand je te parle?

Je te parle là, tu comprends?

Tu comprends ou pas?

.

Tu comprends pas?

.

Tu comprends pas quand je te parle?

.

Tu comprends pas ou tu fais semblant de pas comprendre?

.

.

Bon,

j’ai compris,

faut que je te comprenne c’est ça?

Faut que je te comprenne, oui? C’est ça?

.

Faut pas chercher,

si tu comprends c’est pas possible, parce que tu peux.

.

Tu peux comprendre ou tu peux pas?

.

Tu peux apprendre, ou pas?

.

Tu peux apprendre?

.

Tu peux l’apprendre?

.

Tu peux la prendre?

.

Tu peux la lire?

.

Tu peux?

.

Tu peux ou tu peux pas?

.

Tu peux pas prendre?

.

Tu peux pas prendre un livre?

.

Tu peux pas?

.

Tu veux pas en fait hein,

tu veux pas.

.

Tu veux pas comprendre.

.

Tu veux pas comprendre quand je te parle ou quoi?

Tu veux pas comprendre?

Tu veux apprendre?

.

Tu veux ou tu veux pas?

.

.

Tu veux pas me parler?

.

Tu veux pas avouer?

.

Tu veux pas avouer que tu comprends rien à tout ça, et que pour moi c’est pareil?

.

C’est pareil,

tu comprends pas?

.

Tu comprends pas mes gesticulations?

.

On est en train de s’avouer tout ça,

tout ça on se l’avoue, tu comprends?

.

Tu comprends ou pas?

.

On a besoin de se l’avouer pour en parler.

Et on a besoin d’en parler pour se la vouer,

comme si on se l’avouait à nous-mêmes cette compréhension.

.

Parce qu’on a rien compris en fait,

.

c’est bien pour ça qu’on comprends pas,

.

et qu’on pourra pas prendre quelqu’un pour un con.

.

.

.

Tu comprends?

.

Jean Fle.

Photo : ©LAHO (laho.eu)

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